Créa'Licia – Atelier graphique – Publicité adhésive Saint Gildas des Bois
Aujourd’hui, le numérique évolue rapidement. Les normes, les réglementations et les nouvelles pratiques se succèdent et font évoluer les habitudes et les besoins, que ce soit pour les professionnels, les particuliers ou, plus largement, pour la société.
La facturation électronique, la dématérialisation et, plus généralement, la place grandissante des outils numériques dans les échanges professionnels imposent désormais une réflexion particulière à chaque dirigeant. Ces obligations et ces nouvelles habitudes nous parviennent par différentes voies : réglementaires, professionnelles — notamment par l’intermédiaire des comptables — mais également à travers la communication des nombreuses plateformes proposant des solutions « clés en main ».
La facturation électronique n’est finalement qu’un exemple parmi d’autres de cette évolution. Elle m’a surtout amené à réfléchir plus largement à la manière dont Créa’Licia construit et fait évoluer son organisation numérique.
Il faut également tenir compte d’une réalité que toute petite structure peut constater, sans que cela soit nécessairement un problème : les clients attendent aujourd’hui des services numériques dignes des grandes entreprises, alors que les petites structures doivent absorber ces évolutions avec des moyens humains et financiers beaucoup plus limités.
S’il est évidemment nécessaire de suivre cette évolution — car là n’est pas la question — il me semble important de ne pas brûler les étapes et de se poser une question élémentaire :
Comment évoluer intelligemment sans perdre la maîtrise de son organisation et de ses coûts ?
Cette réflexion permet non seulement de rechercher une solution qui corresponde à notre vision et à notre fonctionnement, mais elle peut également avoir des conséquences très concrètes sur deux points importants :
Le coût final supporté par le client ;
La maîtrise de nos données internes : clients, comptabilité, processus, documents, etc.
Je me suis donc interrogé non seulement sur les nécessités légales, mais également sur les attentes de nos clients et sur les avantages organisationnels que je souhaitais mettre en place dans notre atelier graphique.
Je ne souhaitais pas simplement subir une obligation et ajouter un nouvel outil à notre organisation. Je voulais au contraire imbriquer ces différentes évolutions pour en faire des éléments structurants de notre fonctionnement, et essayer d’en tirer également des avantages pour l’entreprise et pour nos clients.
Pour répondre à ces questions, la réflexion s’est construite progressivement : d’abord autour de notre organisation interne et de notre outil de gestion, puis autour de l’infrastructure nécessaire à son fonctionnement, des logiciels utilisés au quotidien et, enfin, de la manière dont cette organisation pouvait être étendue vers nos clients.
Tout au long de cette réflexion, une question est donc restée centrale :
Comment une petite entreprise peut-elle rester moderne, répondre aux nouvelles exigences et offrir un service professionnel à ses clients, tout en conservant la maîtrise de ses outils, de ses données et de ses coûts ?
Lors de l’ouverture de Créa’Licia, il était évident qu’il fallait un logiciel de gestion. Mes expériences dans de grands groupes m’avaient montré, par l’utilisation quotidienne de leurs outils, les avantages qu’un ERP complet pouvait apporter à une entreprise :
Un ERP (progiciel de gestion intégré) permet surtout de centraliser les informations de l’entreprise autour d’une même base de données. Il apporte ainsi une vérité unique : une information de référence, commune à l’ensemble de l’organisation, plutôt que plusieurs fichiers ou outils contenant chacun leur propre version des données.
Cette fiabilité des données est devenue un élément essentiel de notre organisation. L’objectif est que les informations utilisées par les différents processus de l’entreprise puissent s’appuyer sur une même référence, sans multiplier les fichiers, les copies ou les sources d’information différentes.
Je ne pouvais évidemment pas, en tant que petite structure, mettre en place un ERP de l’envergure de ceux utilisés dans les grands groupes, comme les environnements AS/400 ou leurs équivalents. Mais, étant depuis longtemps utilisateur de systèmes d’exploitation libres, notamment GNU/Linux, je connaissais un logiciel discret, complet et qui pouvait répondre à cette logique : Laurux.
Je l’avais déjà utilisé par le passé pour mes devis et factures dans mon activité de plomberie, sur un simple PC portable. À l’époque, je n’utilisais probablement qu’une petite partie de ses possibilités.
La création de Créa’Licia changeait cependant complètement l’échelle des besoins. L’entreprise devait notamment pouvoir gérer plus de 400 000 références issues des catalogues fournisseurs disponibles, tout en permettant une utilisation multiposte : postes de l’atelier, mais également ordinateur portable pour les rendez-vous clients ou les salons professionnels.
Laurux pouvait alors prendre une place beaucoup plus importante dans notre organisation. Il est aujourd’hui notre ERP complet et centralise notamment la gestion comptable, les stocks, les clients et leurs historiques, ainsi que les différentes informations nécessaires au fonctionnement de l’entreprise.
Nous n’utilisons simplement pas certaines fonctions spécifiques, comme le système de caisse Laurux POS, qui ne correspond pas à notre activité.
L’intérêt est surtout de disposer d’un ERP central sur lequel nos processus peuvent s’appuyer :
Le choix de Laurux a donc été pragmatique.
S’il s’agit effectivement d’un ERP libre reposant sur des technologies et des bases de données connues, ce n’est pas cette caractéristique qui a déterminé mon choix. Il a été retenu avant tout parce qu’il répondait à nos besoins réels, qu’ils soient liés à notre activité ou à nos choix d’organisation.
Les besoins étaient finalement assez simples :
Je souhaitais conserver un principe de base : un logiciel installé dans notre environnement, dont je puisse assurer l’administration, la maintenance et les évolutions.
Un bon ERP n’est pas nécessairement celui qui propose le plus de fonctions ou le plus bel environnement graphique. C’est celui qui accompagne réellement l’organisation de l’entreprise, qui répond à ses besoins et qui peut évoluer avec elle.
Pour Créa’Licia, ce choix me paraissait donc le plus cohérent.
Depuis son installation, Laurux a lui aussi continué à évoluer pour accompagner les nouvelles normes et les nouvelles pratiques professionnelles. La mise en place progressive de la facturation électronique en est aujourd’hui un exemple concret, avec les évolutions engagées autour de la dématérialisation des factures et notamment du format Factur-X.
Cette évolution implique nécessairement de rester attentif aux changements, de suivre les développements du logiciel et, lorsque cela est nécessaire, de disposer des compétences permettant de les mettre en œuvre.
C’est aussi l’une des particularités d’un environnement que l’on maîtrise : il faut participer à sa compréhension et à son évolution, plutôt que simplement attendre qu’une plateforme décide pour nous de la manière dont nous devons travailler.
Cette organisation autour d’un ERP central constitue ainsi le point de départ de la réflexion sur notre infrastructure. Une fois les données et les processus centralisés, il faut en effet pouvoir leur fournir un environnement fiable, accessible aux différents postes de travail et adapté aux contraintes de notre activité.
Laurux possède un avantage important pour un ERP : il s’appuie sur une véritable base de données (SQL), ce qui permet notamment une utilisation multiposte.
Notre organisation repose donc sur un principe assez simple :
Une vérité, puis des postes de travail selon les besoins.
Il fallait cependant faire cohabiter deux environnements qui répondent à des besoins différents :
Je voulais surtout éviter de multiplier les doublons, les clés USB, les échanges de fichiers par e-mail ou les copies locales qui finissent par compliquer les processus et multiplier les risques d’erreur.
Le choix a donc été de centraliser les données et les échanges autour d’une infrastructure interne :
Cette infrastructure est également protégée par plusieurs mécanismes complémentaires. UFW assure le filtrage du trafic réseau, Fail2ban permet de bloquer automatiquement certaines tentatives d’accès répétées et les connexions d’administration à distance se font par SSH, avec authentification par clés uniquement.
Il ne s’agit évidemment pas de considérer ces mécanismes comme une garantie absolue, mais de mettre en place plusieurs niveaux de protection adaptés à une infrastructure de petite entreprise.
Cette organisation permet de conserver une donnée de référence tout en laissant aux différents postes leur rôle propre.
Le RAID et les sauvegardes répondent d’ailleurs à deux besoins différents : le RAID permet notamment de maintenir le fonctionnement du stockage lorsqu’un disque tombe en panne, tandis que les sauvegardes permettent de disposer d’une copie des données en cas d’incident ou de perte de données.
C’est particulièrement important pour la production graphique. Certains logiciels ou équipements imposent parfois de conserver une version précise d’un système d’exploitation, d’un pilote ou d’un environnement logiciel pour garantir leur compatibilité. Il n’est donc pas toujours souhaitable, ni même possible, de faire évoluer tous les postes au même rythme.
Le fait de centraliser les données permet alors de dissocier les données de travail de l’outil qui permet de les exploiter.
Un poste de création ou de production peut être remplacé, évoluer ou tomber en panne sans que les données de l’entreprise soient stockées uniquement sur celui-ci. Pour les ordinateurs portables, cela apporte également une sécurité supplémentaire en cas de perte, de vol ou de casse.
Le serveur, lui, peut évoluer avec les besoins de l’entreprise : stockage, capacité, postes supplémentaires ou nouvelles fonctions peuvent être ajoutés progressivement sans remettre en cause l’organisation générale.
Cette organisation permet ainsi de faire évoluer les outils et les postes de travail sans remettre en cause la donnée de référence qui se trouve au centre de l’entreprise. C’est cette séparation entre les données et les outils qui permet ensuite d’envisager plus sereinement les différents choix d’infrastructure et d’hébergement.
Une autre possibilité aurait évidemment été de construire cette organisation autour de services cloud.
Le cloud peut être une excellente réponse dans de nombreuses situations. Mais dans notre cas, un fonctionnement entièrement basé sur des services hébergés à l’extérieur est moins adapté à notre organisation. Deux questions ont particulièrement pesé dans la décision : la maîtrise des données et le coût, avec les dépendances qu’il peut entraîner.
La première concerne la maîtrise des données.
Où sont-elles réellement stockées ? Dans quelles conditions ? Comment sont-elles récupérables ? Sous quel format puis-je les exporter si je change de solution ? Quelles données sont réellement incluses dans une sauvegarde ou une exportation ?
Ces questions sont importantes car les données concernées ne sont pas simplement les miennes : ce sont celles de l’entreprise, de mes clients, de leurs commandes, de leurs documents et de nos productions.
Je souhaite donc conserver autant que possible la maîtrise de l’ensemble de ces données : savoir où elles sont stockées, comment elles sont protégées, comment elles sont sauvegardées et surtout comment je peux les récupérer si un jour je dois changer de logiciel, de prestataire ou d’organisation.
La seconde concerne le coût et la dépendance.
Un service cloud professionnel représente généralement un coût récurrent. Une solution gratuite peut, quant à elle, reposer sur d’autres modèles économiques ou comporter des limitations qui peuvent devenir contraignantes à mesure que l’entreprise évolue.
À cela s’ajoute une question de dépendance : lorsqu’une entreprise construit une partie importante de son organisation autour d’un service extérieur, elle dépend nécessairement de ses conditions d’utilisation, de ses tarifs et de son évolution.
Mon objectif n’est donc pas de dire que le cloud est mauvais. C’est simplement un modèle qui, dans notre cas, est moins adapté à l’organisation que nous avons choisie.
Il ne s’agit pas non plus de rechercher une autonomie absolue. Certains services peuvent parfaitement être pertinents lorsqu’ils répondent à un besoin précis. L’enjeu est plutôt de savoir quelles données et quelles fonctions je souhaite conserver sous notre maîtrise, et quelles dépendances je suis prêt à accepter en contrepartie d’un service.
Dans le cas d’un changement de logiciel ou d’infrastructure, disposer de données stockées dans des formats ouverts et facilement exportables constitue également une forme de sécurité. Je veux savoir comment mes données sont stockées, comment je peux les récupérer et quelles dépendances je crée.
Pour moi, les données de l’entreprise doivent rester avant tout des données de l’entreprise.
C’est pourquoi mon principe est simple :
Une organisation numérique fiable commence par la maîtrise de ce qui se passe derrière les outils visibles par le client.
Cette organisation demande évidemment du temps et des compétences. Assurer soi-même une partie de sa maintenance informatique signifie également accepter de comprendre son environnement, de suivre ses évolutions et d’intervenir lorsque cela est nécessaire.
Mais cette contrainte représente aussi un avantage : elle permet de connaître son propre système, de décider de ses évolutions et de ne pas dépendre systématiquement d’un tiers pour chaque modification ou chaque problème.
Maîtriser son infrastructure ne signifie donc pas tout faire soi-même. Cela signifie savoir où sont ses données, comprendre comment fonctionne son environnement et conserver la capacité de décider de son évolution.
Chez Créa’Licia, nous utilisons plusieurs systèmes d’exploitation : Debian, Ubuntu et Windows. Ce choix est à la fois volontaire et pragmatique.
Certains logiciels ou équipements nécessitent en effet un environnement particulier. C’est notamment le cas de certains outils de production. Plutôt que de chercher à faire entrer l’ensemble de notre activité dans un seul environnement, nous avons donc choisi de conserver une certaine polyvalence.
Nous utilisons ainsi différents logiciels selon les besoins, dont ceux-ci :
Cette diversité est importante : elle montre que notre choix du logiciel libre n’est pas une opposition systématique aux logiciels propriétaires.
Nous choisissons l’outil en fonction du besoin.
Le logiciel libre représente cependant pour nous une possibilité supplémentaire. Il permet notamment de conserver davantage de liberté dans la manière de construire et de faire évoluer son environnement de travail.
Cette liberté nous paraît intéressante sur plusieurs aspects.
Elle permet d’abord de limiter notre dépendance à un éditeur. Lorsqu’une entreprise construit progressivement toute son organisation autour d’un logiciel, il devient parfois difficile d’en changer, même lorsque celui-ci ne correspond plus parfaitement à ses besoins. Les habitudes, les données existantes, les méthodes de travail ou simplement la facilité de continuer avec ce que l’on connaît peuvent finir par enfermer l’entreprise dans un choix qui n’a pourtant jamais été remis en question.
C’est aussi valable pour les outils et les méthodes de travail.
Un logiciel peut être très automatisé et extrêmement pratique, mais il peut également conduire l’utilisateur à suivre toujours les mêmes automatismes sans nécessairement comprendre ce qui se passe derrière. Or, dans notre activité, je souhaite conserver la capacité à comprendre les outils que nous utilisons, à connaître leurs possibilités et leurs limites, et à conserver notre créativité dans nos méthodes de travail.
L’outil doit nous aider à travailler ; il ne doit pas nous imposer notre manière de travailler.
Cette réflexion concerne également le matériel. Certains logiciels ou environnements peuvent nécessiter, au fil de leurs évolutions, des configurations matérielles de plus en plus importantes. Lorsque plusieurs solutions existent, pouvoir conserver un outil moins dépendant de ressources matérielles importantes peut permettre de prolonger la durée de vie d’un poste et d’éviter de renouveler du matériel uniquement pour suivre l’évolution d’un logiciel.
Enfin, il y a évidemment la question du modèle économique.
Lorsqu’un logiciel acheté devient, au fil du temps, un abonnement obligatoire, il est intéressant de savoir que des alternatives existent et que l’on n’est pas nécessairement enfermé dans une seule solution.
Maîtriser ses dépendances logicielles fait donc partie de notre réflexion. Cela concerne la liberté de choix, mais également la gestion du budget et, indirectement, la capacité à conserver des coûts cohérents pour nos clients.
Beaucoup de logiciels qui étaient autrefois achetés avec une licence définitive fonctionnent désormais sur un modèle d’abonnement. Ce modèle peut avoir de vrais avantages : mises à jour régulières, maintenance, nouvelles fonctionnalités ou services associés. Mais il change aussi la manière dont une entreprise doit prévoir ses dépenses.
Il me semble donc important de se poser régulièrement deux questions simples :
Pourquoi passer à une nouvelle version lorsque l’ancienne répond encore au besoin ?
et :
Quelles conséquences ces dépenses ont-elles sur le fonctionnement de l’entreprise ?
Je ne dis pas que le fonctionnement par abonnement est mauvais. Il peut être parfaitement pertinent lorsque les services apportés justifient son coût. Mais pour une grande entreprise, une dépense mensuelle supplémentaire peut être relativement facile à absorber. Pour une petite structure, l’accumulation de plusieurs abonnements peut rapidement représenter une charge importante et surtout une dépense récurrente qu’il faudra conserver année après année.
Cela peut également avoir des conséquences sur les décisions de production : une dépense imprévue ou une augmentation tarifaire intervient directement dans un budget qui dispose de moins de marges de manœuvre.
Je préfère donc conserver la possibilité de me tourner vers le libre lorsque cela répond au besoin, tout en continuant à utiliser des logiciels propriétaires lorsque ceux-ci apportent une réelle valeur à notre activité. Affinity, Adobe ou d’autres solutions propriétaires peuvent parfaitement avoir leur place dans une entreprise qui utilise également des logiciels libres.
Le but n’est pas de choisir un camp.
Le but est de conserver le choix.
Cette approche nous permet également de conserver une certaine polyvalence dans nos méthodes de travail. Les logiciels libres nous placent souvent davantage dans une logique où l’utilisateur doit connaître son outil et comprendre ce qu’il fait, plutôt que de simplement suivre une succession d’automatismes.
Ce n’est pas nécessairement mieux dans toutes les situations. Mais cela correspond à notre manière de travailler : conserver nos compétences, comprendre nos outils et éviter de devenir dépendants d’une fonction unique ou d’un bouton qui ferait tout à notre place.
Enfin, mon expérience de longue date avec les logiciels libres m’a également appris une autre chose : la force d’une communauté.
Derrière un logiciel libre, il n’y a pas nécessairement une entreprise qui fournit seule toutes les réponses. Il existe souvent une communauté d’utilisateurs, de développeurs et de contributeurs qui partagent leurs connaissances, leurs expériences et leurs solutions.
Cette entraide fait partie de ce qui m’a attiré vers le libre au départ, et reste aujourd’hui l’une des raisons pour lesquelles je continue à l’utiliser professionnellement.
Le libre n’est donc pas, chez Créa’Licia, une recherche du logiciel gratuit. C’est une possibilité supplémentaire de choisir et de conserver la maîtrise de son environnement de travail.
Cela a aussi l’avantage de pouvoir échanger directement avec les développeurs. Laurux, par exemple, est un logiciel français avec lequel j’échange régulièrement. Cela permet de sortir de la simple relation « utilisateur / logiciel » et de participer, à mon niveau, à cette communauté.
Si vous souhaitez découvrir les outils libres évoqués dans cet article, voici quelques-uns des projets que nous utilisons chez Créa’Licia :
L’évolution de Créa’Licia nous a progressivement fait constater une limite de notre organisation : notre infrastructure était adaptée à la gestion interne et à la production, mais elle restait avant tout pensée pour notre fonctionnement commercial.
Les e-mails avaient également atteint leurs limites.
Ils sont parfaitement adaptés à de nombreux échanges, mais deviennent moins pratiques lorsque plusieurs informations, fichiers, validations et demandes doivent être suivis dans le temps, notamment autour d’une commande ou d’un projet de création graphique.
Notre organisation de travail (workflow) devenait donc plus rudimentaire que notre organisation administrative.
Il a fallu réfléchir à la mise en place d’un système collaboratif avec nos clients, permettant de conserver notre proximité tout en apportant davantage de cohérence et de centralisation aux échanges.
Une contrainte était cependant essentielle : je ne voulais pas donner accès à notre serveur de production depuis Internet. Il fallait donc créer une séparation entre notre infrastructure interne et l’espace accessible à nos clients.
J’ai donc privilégié un accès via Internet, sur un sous-domaine dédié, avec un objectif précis :
Gérer et suivre les commandes et les échanges avec nos clients.
Pour cela, nous avons choisi Projectopia, intégré à WordPress.
Les clients y accèdent depuis leur navigateur et sont rattachés à leur code client, le même identifiant que celui qu’ils retrouvent déjà sur leurs devis et leurs factures. Ce code constitue ainsi leur identifiant unique dans notre organisation.
Le client peut consulter ce code dans son Espace Client, mais ne peut pas le modifier. Sa gestion reste sous notre contrôle afin de conserver le bon rattachement entre le compte client, les projets et les documents qui lui sont associés.
Ils peuvent ainsi échanger avec nous de différentes manières :
L’intérêt n’est pas simplement de disposer d’une messagerie supplémentaire. Il est de rattacher chaque information à son contexte.
Un échange concernant une création reste associé au projet concerné. Une validation de BAT reste accessible au même endroit. Un fichier n’est plus simplement une pièce jointe perdue dans une boîte e-mail.
Pour nous, cela permet notamment :
Mais nous avons rapidement voulu aller plus loin.
Aujourd’hui, les clients sont habitués à pouvoir consulter leurs informations directement depuis un espace en ligne. Il nous semblait donc logique de leur permettre également d’accéder à leur propre dossier documentaire.
Nous avons ainsi intégré à l’Espace Client un accès à leur GED :
Ces documents sont consultables à distance, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Une petite entreprise ne peut pas toujours avoir les moyens des grands groupes, mais elle peut avoir la même exigence de service.
L’objectif n’est pas de copier les grandes plateformes, mais d’apporter une expérience client moderne avec une organisation adaptée à notre réalité.
Ce service semble finalement assez simple pour le client. Mais, derrière cette simplicité, il faut résoudre une question importante pour une petite structure : comment permettre à un client de consulter son dossier simplement et en sécurité, sans dupliquer toute l’organisation interne ?
L’avantage de notre organisation est que la donnée de référence existe déjà dans notre GED Laurux.
Il a donc fallu mettre en place une synchronisation automatisée de certains documents vers les espaces clients. Cette synchronisation est effectuée depuis notre infrastructure interne. Les données de référence restent ainsi gérées dans notre environnement, tandis que le client dispose d’un accès uniquement aux documents qui le concernent.
Sans entrer dans les détails techniques de cette organisation, le principe est important : l’Espace Client n’a pas vocation à devenir la nouvelle source de vérité de nos documents. Il permet de mettre à disposition du client une partie des informations déjà gérées dans notre organisation interne.
Cette organisation apporte également un avantage très concret : elle évite de devoir rechercher et renvoyer régulièrement des documents déjà produits.
Une facture, un devis ou un BAT déjà archivé peut simplement être consulté par le client lorsqu’il en a besoin.
C’est à la fois un gain de temps, un service supplémentaire et une forme de transparence.
Surtout, nous ne voulions pas simplement ajouter une plateforme de plus à notre fonctionnement.
Nous voulions construire un environnement cohérent dans lequel l’information puisse circuler du bon endroit vers le bon interlocuteur, sans multiplier les copies, les recherches et les intermédiaires.
C’est finalement là que se trouve l’enjeu pour une petite structure : réussir à suivre les évolutions et les attentes qui les accompagnent, sans que chaque nouvelle obligation ou chaque nouvel outil devienne automatiquement une charge supplémentaire à répercuter sur ses clients.
L’ensemble de ces réflexions et de ces projets ne s’est évidemment pas fait en un seul jour.
Cette organisation s’est construite progressivement, sur une longue période, point par point, au fur et à mesure que certains besoins devenaient importants pour l’entreprise.
Chaque évolution demande du temps : rechercher les solutions existantes, comprendre leur fonctionnement, comparer les possibilités, tester, mettre en place, corriger, puis parfois revenir en arrière ou adapter ce qui avait été prévu.
Il faut donc prendre en compte un coût que l’on oublie parfois lorsque l’on parle uniquement de logiciels ou d’abonnements : le temps nécessaire pour construire et maintenir son organisation numérique.
Soyons réalistes : cette infrastructure représente du temps et des compétences. Elle n’existe pas par hasard.
Chez Créa’Licia, une partie de ce travail fait directement partie de mon rôle : gérer et maintenir notre environnement informatique, mais également notre matériel technique de production, comme les imprimantes ou les équipements de découpe.
Cela représente effectivement du temps. Mais ce temps permet aussi de construire progressivement une connaissance réelle de notre environnement : notre réseau, notre infrastructure, nos logiciels, nos équipements et la manière dont ils fonctionnent ensemble.
Cette connaissance constitue une forme de ressource interne.
Lorsqu’un problème apparaît ou qu’une évolution devient nécessaire, je connais déjà l’environnement dans lequel elle doit être mise en œuvre. Je n’ai pas besoin de repartir de zéro ou de transmettre toute cette connaissance à un intervenant extérieur à chaque modification.
Cela apporte une certaine autonomie et facilite également les évolutions futures : plus on connaît son installation, plus il devient facile de comprendre ce qui peut être modifié, conservé ou amélioré.
Cette approche n’est évidemment pas sans contrepartie. Elle demande de consacrer du temps à apprendre, maintenir ses connaissances et suivre les évolutions techniques. C’est donc un choix d’organisation, avec ses avantages mais également ses contraintes.
À long terme, je considère néanmoins que ce savoir interne peut se rentabiliser : une connaissance acquise et entretenue dans l’entreprise peut être réutilisée au fil des années et accompagner les évolutions de l’installation.
Les grandes entreprises investissent elles aussi dans leurs infrastructures, leurs outils, leur sécurité et leurs processus, et elles le font pour de bonnes raisons. Elles disposent cependant généralement de moyens humains et financiers plus importants pour absorber ces évolutions.
Pour une petite structure, chaque changement demande davantage de réflexion.
Il faut se demander :
C’est cette dernière question qui me paraît essentielle.
Chaque coût technique finit nécessairement par avoir une conséquence quelque part : dans les investissements disponibles, dans les ressources que l’entreprise peut consacrer à d’autres projets ou, à terme, dans les tarifs proposés aux clients.
Il ne s’agit donc pas de refuser les évolutions numériques pour réduire les dépenses à tout prix. Il s’agit de les étudier, de les comprendre et de vérifier que le coût engagé apporte une réelle valeur en retour.
Cette valeur peut être interne : gagner du temps, réduire les erreurs, améliorer l’organisation, sécuriser les données ou développer des compétences qui resteront disponibles dans l’entreprise.
Mais elle peut également être directement visible par le client : faciliter les échanges, améliorer le suivi d’une commande, rendre les documents accessibles ou simplement apporter un service plus confortable.
C’est un point important pour Créa’Licia, car le service reste une part essentielle de notre métier.
La qualité perçue par un client ne repose pas uniquement sur le produit ou la prestation finale. Elle se construit également dans la manière dont une entreprise communique, suit une commande, transmet ses documents et accompagne son client.
L’organisation numérique n’est donc pas une fin en soi.
Elle doit permettre à l’entreprise de mieux travailler, tout en permettant au client de bénéficier d’un service plus simple, plus clair et plus efficace.
C’est finalement là que se trouve l’enjeu pour une petite structure : réussir à suivre les évolutions et les attentes qui les accompagnent, sans que chaque nouvelle obligation ou chaque nouvel outil devienne automatiquement une charge supplémentaire à répercuter sur ses clients.
Chez Créa’Licia, nous ne cherchons pas simplement à suivre les évolutions numériques. Nous cherchons à les comprendre et à les maîtriser afin qu’elles restent des outils au service de notre entreprise et de nos clients.
L’avancée technologique pour la technologie n’apporte finalement pas grand-chose. Elle prend son sens lorsqu’elle est utilisée au service de l’entreprise, de ses processus ou de ses clients.
Il est également important d’anticiper les besoins futurs et de préparer l’avenir, en gardant une vision de la direction que l’on souhaite donner à son entreprise. Une organisation doit pouvoir évoluer avec son activité afin d’éviter de se retrouver, quelques années plus tard, dans l’impossibilité de répondre correctement à ses propres besoins ou à ceux de ses clients.
Mais cette réflexion doit nécessairement être mise en regard des ressources disponibles.
C’est là que se trouve une partie de la difficulté pour une petite structure : analyser ses besoins, connaître les possibilités existantes, mesurer les ressources nécessaires et déterminer ce qui est réellement cohérent avec son organisation et son budget.
C’est sur cette base que j’ai réalisé les différentes installations présentées dans cet article. Je ne considère pas qu’une solution soit systématiquement meilleure qu’une autre. J’ai simplement cherché, à chaque étape, à trouver une réponse adaptée à nos besoins, à nos contraintes et à nos moyens.
Être une petite structure ne doit pas empêcher d’avoir une organisation professionnelle, moderne et efficace.
La différence ne se fait pas uniquement par les moyens disponibles, mais aussi par la capacité à faire des choix cohérents et adaptés à ses ressources et à ses convictions.
Je ne prétends donc pas apporter une réponse universelle avec cet article. Je souhaitais simplement partager une réflexion, une expérience et les moyens que j’ai trouvés pour répondre à mes propres problématiques.
Les possibilités sont nombreuses :
Il appartient à chaque entreprise de faire ses propres choix. Mais encore faut-il connaître les possibilités qui existent pour pouvoir réellement les comparer.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je souhaitais partager cette expérience : montrer qu’une petite structure peut elle aussi réfléchir à son organisation numérique, expérimenter, construire ses propres solutions et trouver des alternatives adaptées à ses moyens.
Car nous ne cherchons pas à faire comme les grands groupes.
Nous cherchons à offrir à nos clients un niveau de service équivalent, avec une organisation adaptée à la réalité d’une petite entreprise.
Nos clients se sont habitués, notamment auprès des grandes entreprises, à pouvoir accéder rapidement à leurs informations, suivre leurs commandes, retrouver leurs documents ou échanger simplement avec leur interlocuteur.
Ces habitudes sont devenues une attente.
Plutôt que d’essayer de lutter contre cette évolution, j’ai choisi de m’y adapter au mieux, en cherchant à transformer cette attente en une opportunité : améliorer le confort du client tout en améliorant notre propre organisation.
Si une évolution permet à la fois de mieux travailler en interne, d’apporter un meilleur service au client et de rester cohérente avec les moyens de l’entreprise, alors l’investissement prend tout son sens.
On ne peut pas toujours avoir les moyens des grands groupes. Mais on peut avoir la réflexion, les compétences et la volonté de construire une organisation adaptée à sa réalité.
Au fond, choisir ses outils, ce n’est donc pas simplement choisir des logiciels ou des technologies. C’est choisir la manière dont on veut travailler, évoluer et servir ses clients.